L'ARTHROSE CE QUE VOUS DEVEZ SAVOIR

 

 

L’arthrose est une maladie chronique qui peut affecter de nombreuses articulations. Très fréquente avec l’avancée en âge, elle n’est cependant pas une fatalité : Le professeur Mazières, rhumatologue vous explique l’essentiel de ce qu’il faut savoir pour mieux la combattre !

Avant d'aborder l'arthrose, il faut tout d'abord biencomprendre comment fonctionne une articulation.Les extrémités osseuses qui composent une articulation sontrecouvertes de cartilage, fine couche translucide de quelques millimètres d'épaisseur. Son rôle est très important :

  • il facilite le glissement des os entre eux (par exemple, au niveau du genou, de la hanche,du coude…) ;

  • il amortit également les chocs et les pressions qui s'exercent sur l'articulation (1,2).

L'articulation est protégée par une capsule, qui solidarise les pièces osseuses et est tapissée à l'intérieurd'une membrane, que l'on appelle la membrane synoviale. C'est elle qui produit le liquide synovial,véritable lubrifiant de l'articulation, qui facilite le travail du cartilage (2).

Définition

L'arthrose est la résultante des phénomènes mécaniques et biologiques quidéstabilisent l'équilibre entre la synthèse et la dégradation du cartilage et del'os situé dessous (4).

Avec l'âge, le cartilage s'use, mais dans le cas de l'arthrose ce processus estencore différent : c'est une maladie à part entière (1,2). L'arthrose est en fait laconséquence de phénomènes mécaniques et biologiques complexes qui vont accélérer la destruction du cartilage (1,3). Celui-ci va se fissurer, s'amincir et se fragmenter. En parallèle, d'autres éléments de l'articulation vont être touchés :

  • Les fragments de cartilage qui se détachent peuvent entraîner une inflammation de la membrane synoviale (1,2).

  • L'os qui se situe juste sous le cartilage peut s'épaissir et former les fameux « becs de perroquet » (ostéophytes) que le médecin pourra constater sur les radiographies (1).

Articulation normale (3)
Articulation arthrosique (3)

Il existe plusieurs facteurs pouvant augmenter le risque de développer une arthrose :

  • L'âge : l'augmentation de la fréquence de l'arthrose est liée à l'avancée en âge (2).

  • Le sexe féminin : les arthroses des doigts et du genou sont plus fréquentes chez les femmes. On a également constaté une augmentation de la fréquence de la maladie arthrosique après la ménopause (2,5).

  • L'obésité : être en surcharge pondérale sollicite davantage les articulations qui supportent le poids du corps. L'obésité multiplie le risque d'arthrose du genou par 6 et favorise la survenue d'arthrose de la hanche ou même… des doigts (2,5), laissant penser qu'à des mécanismes purement de surcharge s'ajoutent des phénomènes biologiques (de petites protéines produites par les cellules graisseuses peuvent agir sur le cartilage).

  • L'hérédité : avoir des parents arthrosiques multiplie par 2 à 3 le risque d'être soi-même atteint d'arthrose (5).

  • Les facteurs locaux : les traumatismes sur l'articulation, le port de charges lourdes, la pratique d'une activité physique comportant des mouvements répétitifs (travail en usine par exemple) ou la pratique intensive de certains sports (football, rugby, danse…), augmentent la pression sur l'articulation et favorisent la survenue d'une arthrose (2,4,5).

L'arthrose est une maladie très fréquente (5). Voici les articulations qu'elle peut impacter :

  • La colonne vertébrale : c'est l'articulation plus fréquemment touchée, mais l'arthrose de la colonne est souvent « silencieuse », c'est-à-dire qu'elle ne déclenche pas particulièrement de douleurs (2).

  • Les doigts : les articulations digitales sont une des cibles privilégiées de l'arthrose. L'arthrose du pouce (rhizarthrose) touche particulièrement les femmes et peut déformer le pouce (3).

  • Les genoux et les hanches : parce qu'elles touchent de grosses articulations qui portent le poids du corps, les arthroses de la hanche et du genou, bien que plus rares, sont les plus invalidantes (2).

De façon générale, toutes les autres articulations peuvent être touchées par l'arthrose, mais l'épaule, le coude, le poignet, la cheville sont plus rarement atteints (2).

Fréquence de l’arthrose sur les radiologies chez les hommes et les femmes de 65 à 75 ans (6)

La gonarthrose

La gonarthrose est l'arthrose du genou. Elle est très fréquente après 60 ans, et rare chez les moins de 30 ans. L'arthrose du genou concerne plus souvent la femme (7). Elle touche :

  • L'articulation fémoro-tibiale (entre le fémur et le tibia) dans 45 à 50% des cas ;

  • L'articulation fémoro-rotulienne (entre le fémur et la rotule) dans 35% des cas ;

  • ou les deux à la fois dans 25% des cas (cohorte française KHOALA) (2).

L'arthrose fémoro-tibiale, est souvent favorisée par une anomalie au niveau des membres inférieurs, qui ne sont pas tout à fait droits : on parle de « genu varum » quand les jambes sont arquées, ou de « genu valgum » quand elles sont en « X » (2). Lorsque l'arthrose fémoro-rotulienne survient chez un sujet jeune, le médecin recherche une anomalie du genou appelée dysplasie (2).

Les traumatismes peuvent également augmenter le risque de développer une arthrose : entorse, lésion d'un ménisque, fracture… L'excès de poids est un facteur favorisant très important (3).

L'évolution de la gonarthrose est capricieuse. Dans certains cas, les douleurs sont d'abord intermittentes puis deviennent gênantes, lors de la marche par exemple (5,8). Selon le type de gonarthrose, les symptômes peuvent être différents :

  • En cas d'arthrose fémoro-tibiale, les douleurs peuvent s'accompagner d'un gonflement du genou, lié à un épanchement de synovie. La membrane synoviale est enflammée et produit de façon anormalement élevée du liquide synovial (la synovie). Dans ces cas, le médecin peut ponctionner l'articulation afin de retirer ce liquide (2).

  • L'arthrose fémoro-rotulienne entraîne moins de gêne et se manifeste le plus souvent après une station assise prolongée, ou à la descente des escaliers (2).

L'arthrose va entraîner des douleurs. C'est souvent la raison qui conduit à consulter son médecin. Mais bon nombre d'arthroses sont dites « asymptomatiques » : on les découvre sur une radiographie, mais elles ne sont pas douloureuses (notamment l'arthrose de la colonne vertébrale) (4).

Les douleurs apparaissent progressivement au niveau de l'articulation touchée par l'arthrose. On dit qu'elles sont de type « mécanique » car elles ne sont pas permanentes et surviennent surtout lors des mouvements : marche, montée ou descente des escaliers, bricolage, habillage… Elles ont plusieurs caractéristiques :

  • Elles sont modérées ;

  • Elles sont plus importantes en fin de journée ;

  • Elles ne sont pas présentes la nuit. Il se peut que des douleurs et une certaine raideur surviennent le matin au réveil, le temps de « dérouiller » l'articulation, mais elles ne durent pas plus de 30 minutes ;

  • Elles sont soulagées par le repos (2,5).

L'arthrose peut enraidir l'articulation touchée. Cette raideur s'installe très lentement et ne devient gênante qu'après plusieurs années d'évolution. Elle peut entraîner une boiterie lorsque l'arthrose concerne la hanche ou le genou (4).

L'arthrose peut déclencher également des crises inflammatoires. Dans ce cas, les douleurs sont plus fortes, présentes dès le matin avec une gêne et une raideur qui durent largement plus d'une demi-heure. Elles peuvent même être responsables de réveils nocturnes. Lors de ces crises, l'articulation peut être gonflée ou un peu rouge (2).

Le médecin va déterminer en vous questionnant et en vous examinant, si vos douleurs témoignent d'une arthrose. Il pourra éventuellement vous prescrire des radiographies pour confirmer son diagnostic. Toutefois, il faut savoir qu'il n'existe pas de relation directe entre l'importance des lésions vues à la radiographie et l'intensité de la douleur. Des lésions majeures peuvent n'entraîner que de rares douleurs, alors que des lésions minimes visibles sur la radiographie peuvent s'accompagner d'une douleur intense (2).

Sur les radiographies du genou droit ci-dessous (4) on peut voir :

  • à gauche : un genou normal ;

  • au milieu : une arthrose débutante, avec des lésions (pincement de l'interligne articulaire par amincissement des cartilages et apparition d'ostéophytes, qui sont des proliférations osseuses à la périphérie de l'articulation) (4) ;

  • à droite : la radiographie d'un genou de face avec une arthrose très évoluée (disparition de l'interligne entre les deux os du fémur et du tibia)

Le scanner et l'IRM sont généralement inutiles pour poser un diagnostic d'arthrose. Leur prescription n'est justifiée qu'en cas de doute sur le diagnostic (1).

L'arthrose est une maladie évolutive, c'est-à-dire que les lésions articulaires vont progresser selon un rythme variable. Les douleurs sont modérées et augmentées en fin de journée (2).

A l'heure actuelle, l'arthrose ne peut être encore guérie. Toutefois il est possible de contrôler son évolution et de soulager les douleurs grâce à une prise en charge adaptée (2,5).

De nouvelles habitudes à prendre

Pour prendre soin de votre articulation atteinte d'arthrose, votre médecin vous conseillera sûrement de :

  • Maintenir une activité physique minimale, comme la marche à un rythme modéré, pour maintenir les muscles en forme ;

  • Ménager votre articulation : en évitant les marches ou les stations debout prolongées, en évitant de porter des charges trop lourdes (notamment en cas d'arthrose de la hanche), en utilisant éventuellement une canne (du côté opposé à la douleur) ;

  • Perdre du poids : la perte de poids a des effets positifs sur l'évolution de l'arthrose ;

  • Rééduquer votre articulation : grâce aux conseils avisés d'un kinésithérapeute (5).

Les traitements médicamenteux

Les traitements médicamenteux peuvent être divisés en deux grandes familles :

  • Les traitements symptomatiques agissent directement sur les symptômes de la maladie (essentiellement la douleur) ;

  • Les traitements de fond agissent sur les causes de la maladie et freinent son évolution (2).

L'objectif des traitements est triple :

  • Soulager vos douleurs ;

  • Réduire la raideur articulaire ;

  • Améliorer la mobilité et la stabilité de l'articulation (3).

Un traitement bien suivi permettra de réduire votre handicap au quotidien et d'améliorer votre qualité de vie. C'est pourquoi il est important de bien écouter les conseils de votre médecin : ne modifiez pas les doses ou la durée des traitements prescrits et n'arrêtez pas votre traitement sans son avis ! (2,3)

Enfin, gardez bien à l'esprit que la prise de médicaments n'est pas la seule solution : prendre de bonnes habitudes et suivre les autres prescriptions de votre médecin (infiltrations, rééducation, régime…) est essentiel ! (2)

La chirurgie

En cas d'arthrose, principalement de la hanche et du genou, il existe deux approches :

  • Un traitement conservateur, qui vise à corriger une déformation de l'articulation pour prévenir ou ralentir l'évolution d'une arthrose peu évoluée ;

  • Le remplacement de l'articulation par une prothèse en cas d'arthrose très évoluée (5).

Le traitement conservateur :

Il peut être conseillé chez certains patients jeunes atteints d'arthrose sur une hanche « dysplasique », c'est-à-dire présentant une malformation, ou chez les patients jeunes, actifs, atteints d'arthrose du genou dite « unicompartimentale » (9).

La pose de prothèse :

Les patients atteints d'arthrose de la hanche ou du genou qui n'obtiennent pas de soulagement adéquat de la douleur et d'amélioration fonctionnelle avec l'association d'un traitement non pharmacologique et d'un traitement pharmacologique peuvent être candidats à la pose d'une prothèse articulaire (9). C'est votre médecin qui vous le proposera en fonction du stade de votre arthrose et de son retentissement sur votre vie quotidienne.

La prothèse est une articulation artificielle remplaçant celle qui est devenue déficiente du fait de l'arthrose (2). Après l'opération chirurgicale, la qualité de vie est généralement améliorée, les douleurs sont soulagées et l'articulation devient plus stable et plus souple (2).

  • Capsule articulaire : structure résistante délimitant l'articulation.

  • Cartilage : structure résistante à faible coefficient de friction, permettant d'articuler deux pièces osseuses.

  • Coxarthrose : arthrose de la hanche.

  • Dysplasie : déformation d'un os ou d'une articulation d'origine congénitale.

  • Echographie : méthode d'exploration utilisant les ultrasons et non les rayons X.

  • Epanchement articulaire : présence en quantité anormale de liquide synovial dans une articulation.

  • Gonarthrose : arthrose du genou.

  • Infiltration : technique consistant à injecter dans ou au voisinage d'une articulation un dérivé corticoïde, dans le but d'obtenir une action anti-inflammatoire locale.

  • IRM (imagerie par résonance magnétique) : examen radiologique non irradiant permettant de visualiser les os et les tissus mous.

  • Ligament : structure reliant les os au niveau de l'articulation, et assurant sa stabilité.

  • Liquide synovial (ou articulaire) : liquide normalement présent dans l'articulation et servant à la lubrifier.

  • Membrane synoviale : membrane tapissant l'intérieur de l'articulation et produisant le liquide synovial.

  • Ménisques : fibrocartilages présents dans une articulation, servant à amortir les chocs et à optimiser l'adaptation entre deux pièces osseuses.

  • Ostéophyte (« bec de perroquet ») : production anormale d'os au voisinage d'une articulation.

  • Prothèse : pièce de remplacement d'une articulation.

  • Rhizarthrose : arthrose de la base du pouce.

  • Viscosupplémentation : traitement de l'arthrose par injection dans l'articulation d'acide hyaluronique.

Bibliographie

(1) « Soigner l'arthrose » du Dr Laurent Chevallier et Dr Danielle Verdié-Petibon. Fayard. 2004. 286 p.

(2) Site internet de la SFR : www.rhumatologie.asso.fr.

(3) « Mieux vivre avec une arthrose » du Dr Agnès Chabot. Arnaud Franel. 2003. 79 p.

(4) Site internet du CHU de Toulouse. Dossier Arthrose : www.chu-toulouse.fr.

(5) « Le livre de l'interne » de Daniel Bontoux. Rhumatologie. Médecine Science Flammarion. 2002. 664 p.

(6) Van Saase JLCM et al. Epidemiology of osteoarthritis: Zoetermeer survey. comparison of radiological osteoarthritis in a Dutch population with that in 10 other populations. Annals of the Rheumatic Diseases, 1989 ; 48 : 271-80.

(7) Ravaud P, Dougados M. Définition et épidémiologie de la gonarthrose. Rev Rhum, 2000 ; 67 (3) : 130-7.

(8) « Rhumatologie, 4e édition ». Collège français des enseignants en rhumatologie. Elsevier Masson, Abrégés. 2001. 492 p.

(9) Henrotin Y et al. Traduction française des recommandations de l'Osteoarthritis Research Society International (OARSI) sur la prise en charge de la gonarthrose et de la coxarthrose. Revue du Rhumatisme, 2009 ; 76 : 279-88.

Dernière mise à jour de la page et des documents : 30/12/2014

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